lundi 22 août 2016

Rencontres de la photographie, Arles (13)

Clichés nippons à Arles…
Parmi les dizaines d’expositions qui se déploient dans toute la ville lors des Rencontres de la photographie, on peut croiser le Pays du Soleil Levant, soit en tant qu’inspiration soit à travers le travail de certains photographes japonais.
 
Mauvais genres créée autour de la collection de S. Lifshitz interroge les clichés d’hommes et femmes travestis sur près d’un siècle. Si ces photos sont quasiment toutes occidentales, une section est consacrée aux images d’acteurs kabuki, donc à celles d’onnagata, ces hommes qui depuis des lois du XVII° siècle se consacrent aux rôles féminins et qui se doivent d’incarner l’essence de la féminité. Quelques grands rôles comme Yaegakihime ou la sorcière Yamanba sont évoqués au travers des photos du début de l’ère Meiji, dans des poses et postures caractéristiques des personnages.

La Chapelle du Méjan, dans Pas de deux, présente quelques travaux de W. Klein et Eikoh Hosoe autour de la figure de Kazu Ono, cofondateur du butô. Mouvement de danse contemporaine, en partie lancée par Mishima, le butô nait à la fin des années 50 en réaction à la violence de la Seconde Guerre Mondiale et à celle de la bombe atomique, partant du principe que les arts traditionnels n’étaient pas en mesure de traduire de tels traumatismes. Ces artistes vont ainsi interroger le lien entre photographie et performance : Klein intègre le mouvement, le flou dans ses clichés alors que Eikoh mettra en scène le danseur et fera du cliché une image qui bouscule les codes et les corps par une recherche expressive qui oscille entre le tragique et le grotesque.
 
Enfin, c’est le monde des esprits qui évolue dans l’église des Trinitaires avec Yokainoshima de Ch. Fréger. Cette ile des esprits, c’est bien sûr le Japon que le photographe a arpenté à la recherche des costumes traditionnels utilisés durant des fêtes et festivals de purification ou de fertilité. Fréger ne recherche pas la vérité des usages : il préfère s’amuser avec ces monstres aux masques et aux accessoires outranciers, évoquant un monde à la fois mystérieux et fascinant qui s’impose au public à la manière des fantômes de notre enfance qui viennent hanter le paysage et le quotidien.
Un Japon et des clichés à découvrir jusqu’au 28 août 2016 :
https://www.rencontres-arles.com/Home

dimanche 21 août 2016

Mois Obon, 2e saison, Expo Scary Pictures, Ota Museum, Tokyo

Jouer à se faire peur…
 
En ce mois des fêtes d’Obon, le Musée Ota à Tokyo permet de se confronter à la peur à travers les estampes du XIX° siècle. La peur, c’est à la fois la manifestation des terreurs ancestrales tout comme un jeu où la curiosité et la volupté se mêlent. En témoignent quelques-unes des estampes de la collection qui jouent sur ce sentiment qui était fort apprécié par la population d’Edo.
 
Tout d’abord, ce sont les fantômes et les esprits qui sont convoqués à travers une série de portraits d’acteurs de kabuki. En effet, le répertoire du XIX° siècle multiplie les histoires où les esprits et les démons apparaissent et disparaissent. On pense, en premier lieu, au Yotsuya kaidan, la pièce emblématique avec le fantôme d’Oiwa, la femme persécutée et vengeresse. Entre défiguration, meurtre et vengeance, ce sont les arcanes sombres de l’âme humaine qui sont sondés à travers un panel de personnages forts et contrastés. C’est aussi tout le folklore shinto traditionnel qui déambule dans ces images fortes qui multiplient les représentations à la fois effrayantes et amusantes de sorcières, de kappa et autres monstres qui hantent les paysages et les esprits des hommes.

Enfin, l’horreur s’incarne dans la froide violence du quotidien : meurtres, faits divers vont être des sujets passionnément suivis par la population de la nouvelle Tokyo à travers les premiers journaux. Le goût du sensationnel et du scandale explose dans des images volontiers sanguinolentes qui prennent plaisir à évoquer les faiblesses et les noirceurs humaines tout en captivant un public moderne friand de ce genre de représentations.
Frissonner d’horreur au musée jusqu’au  28 août 2016 :

dimanche 14 août 2016

Mois Obon, 2e saison, Biyu Suikoden 3






Sœur d'outre-monde...



Akamatsu Jutamaru Takanori, champion de tir à l'arc maitrise un ennemi sur lequel il est assis alors qu'il converse avec le spectre de sa sœur Yaegakihime. Cette dernière lui révèle l'identité de son meurtrier qui est aussi celui du père des deux jeunes gens : ainsi, comme souvent dans ces histoires guerrières, la révélation permettra la vengeance par le héros au pouvoir guerrier hors du commun.


Dans une scène nocturne, ce sont les postures de l'ennemi et celle de Yaegaki qui contrastent : l'homme maîtrisé par Akamatsu les mains crispés, le corps plaqué au sol est dans une posture proche de celle d'un animal. Au contraire, le fantôme féminin sort d'une herbe folle de la lande, impliquant une grâce et un caractère mystérieux qui est conservé par son attitude assez hiératique et ses mains croisées aux poignets cassés, caractéristiques des représentations spectrales. Son teint blafard est rehaussé par les deux énormes fleurs de sa coiffure alors que ses longs cheveux tombent de manière souple, sans apprêt. Le kimono blanc imprime une présence forte dans une image aux couleurs sombres ou fortes. Enfin, sa position légèrement décalée vers le haut de la planche souligne son caractère aérien et sa posture de messager de l'au-delà.

Akamatsu, le regard ferme et le visage grimaçant semble tout à la contemplation du spectre de sa sœur. Bien campé sur la terre et sur son ennemi, il contraste avec le personnage féminin à travers des lignes coupantes, des mains qui tiennent fermement arc et sabre ainsi que par un kimono sombre qui laisse entrevoir le mon familial. Formant une sorte de triangle avec le corps de son arc, le personnage masculin impose sa présence et sa force, signifiant la vengeance prochaine qui pourra laver l'honneur de la famille dans le sang de son ennemi.

C'est une scène de suspens qui traduit un instant dramatique : le dialogue avec le spectre est un moment hors du temps où le présent réunit passé du meurtre et vengeance future. Toute la tension semble se concentrer dans un triangle qui inscrit le héros dans une destiné implacable et dynamique.





Mois Obon, 2e saison, Biyu Suikoden 2






Sombre invocation...







Madaramaru, le moine bouddhiste invoque un esprit chat (bakeneko). Ce personnage allie de manière emblématique les oppositions sur lesquelles la série se fonde : marquer la majesté des actions sombres ou tragiques des personnages qui évoquent les  marginaux du roman chinois via des parallèles faits à travers des héros japonais.



Madaramaru, lui, incarne ce mélange dans le sens où son vêtement typique du moine bouddhiste, qui évoque la Chine et l'Inde surtout, semble ne pas coincider avec le tatouage de dragon qui rapproche le personnage du moine des jeunes guerriers tatoués de nombreux êtres fantastiques. Ce caractère viril contraste avec les motifs floraux du vêtement qui indiquent une certaine douceur ou la fertilité.


Le caractère farouche, voire menaçant de Madaramaru, vient de l'entremêlement du dessin de son dos à sa longue chevelure qui imbrique l'humain à l'animal mythique : la force du dragon semblant se transcrire par le jeu des muscles du dos et des bras du personnage principal. Le mystère du moine vient aussi de la position de dos qui empêche de voir facilement le visage : un profil un peu sévère et une vision orientée vers l'esprit qui s'envole le rendent assez difficile à caractériser de manière sûre.








Assis sur une peau de chat qu'il peut enfiler pour devenir lui-même un monstre qui se débarrasse de ses ennemis, le personnage a invoqué un esprit chat qui semble sortir d'un bol rituel à travers une fumée sombre : un pelage semblable à celui sur le sol redouble cette présence féline et mystérieuse. Le bakeneko est souvent invoqué pour se venger de ses ennemis. L'animal possède lui aussi une expression ambigüe : à la fois fluide comme la nuée, l'esprit semble prendre plaisir à s'élancer dans l'air. La peau de chat, énorme, revêt pourtant un caractère familier avec sa position d'un chat qui semble dormir. Toutefois, il est évident qu'il vaut mieux se méfier de se chasseur qui semble inoffensif.


Avec un arrière-fond sombre - dégradé de noir et de gris - , la scène impose une présence forte qui fait surgir le mystère et le surnaturel dans les encres et sur la page. Force et fluidité, humain et surnaturel semblent s'associer, marquant le pouvoir de ce moine aux pouvoirs extraordinaires.





vendredi 12 août 2016

Expo Miroir du désir, Mnaag, Paris (75)



Désirs d'images...




Avec l'exposition Miroir du désir, ce sont quelques portes qui s'entrouvrent sur le monde féminin de l'art ukiyo-e. Objet de désir, la femme devient un motif incontournable de l'estampe aux XVIII° et XIX° siècles tant dans les images de beautés que dans les estampes érotiques (shungas). Entourées de parois opaques, d'étoffes frémissantes, de moustiquaires translucides ou de flammes vacillantes, les femmes évoquent ce monde flottant qui incarne l'esprit de la culture bourgeoise d'Edo.




Nudités au bain ou portraits de amas (pêcheuses de coquillages dévêtues), c'est un corps féminin montré sans tabou et sans érotisation qui est mis en scène dans des images volontiers cocasses ou au contraire très apaisées comme le célèbre triptyque d'Utamaro.







Au contraire, la nudité dans les shungas va de paire avec une soif des corps qui peut déconcerter l'imaginaire occidental de par son iconographie outrée. Ces estampes habitées par des textes parodiques ou plus que suggestifs mettent des mots et des images sur un désir et une jouissance qui ont leur propre code. Si la femme doit jouir en silence, le texte qui entoure les corps transcrit les appétits et les jeux sexuels sans pudeur ni retenue.




Apparait un code graphique et érotique qui mêle les représentations, les corps et inscrit le dynamisme sensuel et sexuel au coeur des images du monde flottant. Seulement un mouvement, un cri rauque qui prennent corps dans le papier à travers l'encre et les traits.


Images du désir jusqu'au 10 octobre 2016 :


http://www.guimet.fr/fr/expositions/expositions-a-venir/miroir-du-desir-images-de-femmes-dans-l-estampe-japonaise

mardi 9 août 2016

Mois Obon, 2e saison, Expo From Eery..., Edo-Tokyo Museum

Galerie des horreurs...





Petit détour par Tokyo et l'Edo-Tokyo Museum qui propose cet été une sympathique exposition From Eery to endearing : Yokai in Arts of Japan... A comprendre donc une petite rétrospective de quelques représentations de ces esprits qui hantent les maisons et les forêts et que le Japonais côtoie depuis des temps immémoriaux.


Si les premières représentations fleurissent à la fin de la période Heian (jusqu'au XII° siècle), rien de bien étrange : la vie de la cour est régie par un système très strict de codes qui organisent la déambulation des vivants par rapport à l'influence des esprits : jours fastes et néfastes, fantômes, cérémonies ou exorcismes scandent le quotidien de Kyoto. Ainsi, dans le Genji, les cérémonies sont une part importante des événements de la vie des personnages tout comme les exorcismes pour faire disparaitre les maux de tête et j'en passe.





Des trésors de l'époque Muromachi comme le rouleau de l'extermination des démons montrent tout un monde qui multiplie les monstres et esprits qui peuvent aller du vieux balai qui prend vie à des démons aux pouvoirs glaçants. C'est donc une rétrospective monstrueuse à travers l'art classique ou les estampes de l'ère Edo que propose le musée. Il s'arrête sur certains monstres comme l'Araignée géante des profondeurs (Tsuchigomo) qui demeure un des yokai vedette de l'ère Edo.





Enfin, le parcours se termine avec Yokai watch, le phénomène qui vient d'arriver en Europe ce printemps et qui, s'il est pour l'instant un peu effacé par le tonitruant Pokemon Go, sera sans doute un phénomène à suivre dans les prochains mois...





Jusqu'au 28 août 2016 :
http://yo-kai2016.com/english.html

dimanche 7 août 2016

Expo Persona, Musée Quai Branly, Paris (75)


Il y a quelqu'un...?








Entre présence et absence, attributs humains ou bizarreries naturelles, l'exposition interroge les liens que l'homme tente de tisser à travers le temps et l'espace avec des témoins - imaginaires ou réels - avec l'univers qui l'entoure.

L'exposition est partie de l'expérience de Mori, scientifique japonais, qui travaille sur les créatures artificielles comme les robots. Il a élaboré la théorie de la vallée de l'étrange qui consiste à observer que l'être humain s'attache à des artefacts qui se rapprochent de sa propre apparence. Toutefois, un trop grand réalisme provoque la répulsion et le dégoût. Ainsi, le zombie se retrouve-t-il au creux de cette vallée alors que le visage radieux du Bouddha, être sublimé, semble provoquer la plus grande empathie.






Le parcours propose ainsi de voir comment l'homme cherche et trouve dans l'infiniment grand comme dans l'infiniment petit des traces d'êtres, des présences qui peuvent s'incarner dans un son, une lumière ou une forme.



Cette quête amène naturellement à tous les dispositifs qui ont été mis en place afin de trouver, mesurer ces présences : appareil de chasseur de fantôme et autres objets de spirites sont les éléments de cette quête de personnage invisible à nos sens.


Puis, c'est au tour d'artefacts mi-humains mi-objets de mettre en scène cette quête : des reliquaires aux robots, le mélange artifice/nature ne cesse de questionner la définition de l'Homme et de ses caractéristiques.




Enfin, c'est une visite d'appartement témoin avec ses divers robots qui nous plonge dans un réflexion sur notre propre rapport à cet artifice et nous questionne sur nos propres envies et craintes face à un monde où la cybernétique ne cesse de brouiller les frontières entre nature et artifice, réel et virtuel.


Robots et compagnie à voir jusqu'au 13 novembre 2016 :
http://www.quaibranly.fr/fr/expositions-evenements/au-musee/expositions/details-de-levenement/e/persona-36255/