dimanche 27 novembre 2016

Expo Eikoh Hosoe et Yukio Mishima – « Barakei », Galerie Mouchet, Paris (75)





D'images et de mort...




La galerie Eric Mouchet propose jusqu'au 23 décembre les clichés d'Eikoh Hosoe pour le mythique album Barakei autour de la figure de l'écrivain Yukio Mishima.
Faisant partie de cette génération marquée par la Seconde Guerre, Hosoe intègrera divers groupes de photographes et d'artistes qui mèneront le Japon vers l'Art Contemporain et les créations novatrices. Mettant en scène le créateur de la danse Bûto, Tatsum Hijikata, le photographe acquiert une véritable notoriété dès le début des années 1960.





"Je suis votre modèle, photographiez-moi à votre gré, M. Hosoe." C'est ce qu'aurait dit Mishima lors de leur première rencontre dans le but de faire une photo de couverture d'ouvrage. De cette collaboration va naitre un ouvrage en 1963 : Barakei. Le titre évocateur utilise les kanjis Bara (rose) et Kei (punition) : Killed by roses ou l'Ordalie par les roses présente un Mishima en des décors occidentaux, souvent nu et faisant référence à des tableaux célèbres comme le Saint Sébastien qui hypnotisa l'auteur de Confession d'un masque.

Au-dela d'un jeu évocateur de son homosexualité, c'est le chemin vers l'abstraction que Mishima voulait initier : "...que les objets photographies puissent avoir quelque signification dont on pourra les dépouiller. " Ce dépouillement conduit logiquement, au fil des différentes parties, à une disparition, une mort que le corps de l'écrivain affronte à travers la rose et ses épines, corps nu et volontiers prêt à la mort et la jouissance. Cet album permet d'illustrer une part importante des thèmes et penchants de Mishima dans se oeuvres de papier. On n'est jamais loin des amants torturés de ses nouvelles ou des corps qui se cachent et se dévoilent : en tout cas une prégnance physique et corporelle qui jouera son rôle jusqu'au bout lors du suicide l 'écrivain par hara-kiri en 1970.










Une œuvre photographique mythique à parcourir jusqu'au 23 décembre 2016 :
http://www.ericmouchet.com/

samedi 19 novembre 2016

Rendez-vous du carnet de voyage, Clermont-Ferrand (63)



En voyage...





Nouvelle mouture pour le festival du carnet de voyage ce week-end à Clermont-Ferrand. L'espace de papier où images, textes et autres traces des lieux évoqués ont pris possession de Polydôme pour trois jours riches en rencontres.

Qu'ils dépeignent les confins de l'Afrique ou de l'Asie ou bien la campagne française, les très nombreux carnets et travaux présentés par les carnettistes invités regorgent d'impressions et d'anecdotes qui permettent le voyage immobile mais qui donnent aussi envie de larguer les amarres pour des cieux multiples.


L'aquarelle, le dessin, la calligraphie concourent à créer des pages colorées, poétiques aux univers artistiques très contrastés : des croquis, des dessins aux tendances pop ou classiques répondent à des textes oniriques ou plus réalistes.

 

 
Des rencontres, des films mais aussi des démonstrations en direct des carnettistes permettent d'aborder de nombreux aspects de ce genre en pleine expansion où le simple reflet de voyage croise des œuvres plus polémiques ou humanitaires.


 
 Un kaléidoscope du monde en Auvergne jusqu'au 20 novembre 2016 :
http://www.rendezvous-carnetdevoyage.com/


vendredi 11 novembre 2016

Masse critique Babelio, Nouvelles grecques de M El-Ahdab



Histoires de sources...






Cinq nouvelles pour évoquer la Grèce de Périclès : un monde de la Démocratie athénienne et de la société militaire de Sparte. Au-delà des images d'Epinal d'un univers où le savoir et les sciences se créent, un monde où les passions dévorent les habitants.

Dans des histoires d'amour, de mort, de vengeance, où l'humour et la tragédie se mêlent, Marwan El-Ahdab évoque la Grèce Antique avec beaucoup de clarté et un vérité bien documentée. Des vignettes permettent de bien visualiser les objets et coutumes depuis longtemps disparus en dehors des vitrines des musées.


 


A travers ces divers récits, la guerre, les relations matrimoniales, les divers états de la société tissent un univers complexe et humain. Les 5 nouvelles permettent d'esquisser ce monde antique aux origines des civilisations occidentales avec la dernière, "En chemin", qui questionne le statut de ce continent et de ce pays qui a du mal à accueillir les réfugiés de tous horizons et notre propre relation à ces savoirs qu'on a longtemps qualifiés d'Humanités, qui nous ont constitués et que beaucoup d'Européens semblent oublier peu à peu.



Un livre intéressant pour faire découvrir la Grèce originelle que j'ai pu connaitre grâce à Babelio et Samir Editeur et qu'il peut être bon de mettre en des jeunes mains afin d'ouvrir des portes...

samedi 5 novembre 2016

Collection Homme plissé d'Issey Miyake


Morceaux d'estampes...



Issey Miyake s'inspire des shungas, les estampes érotiques, et donne naissance à une nouvelle collection Haru : homme plissé cet automne.

Inscrit dans l'imaginaire et l'érotisme, les shungas, ces images de printemps, ont longtemps été des productions célèbres de dessinateurs comme Utamaro ou Hokusai. Les scènes explicites, les représentations de sexes outranciers et un humour certain ont permis à ces estampes particulières de connaitre un véritable engouement dans le Japon d'Edo ou plus tard en Occident.


Avec un renouveau de l'intérêt de ces images à travers des expositions en Europe, aux USA ou au Japon qui avait longtemps mis de côté cet aspect de sa culture, le créateur Issey Miyake propose cet automne une collection homme qui décline quelques modèles aux éclats d'estampes : à l'intérieur comme à l'extérieur, des fragments d'images des amants d'Utamaro et des artistes de shungas viennent souligner des silhouettes qui mêlent le vêtement occidental et un rappel du kimono traditionnel.

La fluidité du drapé et du mouvement de cette nouvelle collection s'accompagne de couleurs et de motifs qui évoquent ceux de l'ancienne Edo : bleu, rouge ou noir s'imprègnent de motifs de fleur de chanvre où peuvent se décliner les gestes suggestifs des personnages d'estampe.



Une collection sensuelle dès novembre 2016 :

http://www.isseymiyake.com/en/news/brands/homme_plisse_issey_miyake_haru_secret_inside_spring.html

lundi 31 octobre 2016

Masse critique Babelio, Puccini l'aimait de B. Hool


Passions musicales...



Si j’adore les opéras de Puccini, et en particulier les derniers, j’avoue ne pas connaitre grand-chose de sa vie à part sa mort durant l’élaboration de Turandot et l’air de Liu « Tu, che di gel sei chinta »… Les biographies du compositeur sont peu nombreuses surtout en français. Je remercie donc Babelio et les éditions de l’Âge d’homme de m’avoir permis de découvrir ce premier roman de B. Hool sur une partie de la vie de Puccini.

Direction l’Italie du début du XX° siècle où Giaccomo Puccini est une idole de toute l’Italie après le vieux maitre Verdi. Le roman, comme le titre l’indique, se focalise autour de quelques femmes que l’homme de musique aima durant ses vingt dernières années : Elvira, la presque femme qui attend le mariage officiel et d’autres comme Doria, la servante fidèle, sorte de modèle de sa dernière héroïne tragique.

Au-delà d’une réalité biographique, la cantatrice B. Hool essaie de comprendre les sources d’un art passionné qui se nourrit des bonheurs et des cris qui retentissent dans les campagnes ou les maisons bourgeoises de cette Italie encore bien puritaine. Des dialogues ou des réflexions qui amènent à se questionner sur la voix, le chant et la musique, surtout en seconde partie du récit.
Ce premier roman fut plaisant à lire : certes, des éléments psychologiques parfois un peu trop détaillés qui n’apportent rien à la trame du récit mais par contre un bon moyen de rentrer dans l’œuvre du Maestro. La langue est fluide et le rythme bien mené : un bon moment de lecture qu’il faudra compléter par une véritable biographie mais qu’il est plaisant de lire au son d’un air de Puccini…


dimanche 30 octobre 2016

Expo Kimonos from Okura collection, Rijksmuseum, Amsterdam (PB)



Des kimonos théâtraux...

Le Rijksmuseum présente quelques kimonos de no du XVII° siècle : issus de la collection Okura, ces pièces exceptionnelles de soie et de broderies évoquent toute la beauté de cet art théâtral ancien.
Apparu au XIV° siècle durant le shogunat de Yoshimitsu, le no évoque quelques figures légendaires du Japon. Sur la scène, dans une langue archaïque, l’acteur module son discours à la manière d’une partition musicale. Représentant des rencontres entre vivants et esprits, l’atmosphère scénique revêt l’étoffe du rêve magnifiée par des vêtements aux couleurs vibrantes et merveilleuses.


A la lumière des bougies, le chatoiement des soies, des applications d’or et d’argent crée cette ambiance particulière où le geste et le mouvement se veulent lents et mesurés à l’instar des paroles presque psalmodiées.
Les kimonos de la collection Okura témoignent ainsi de cet art raffiné qui a su garder ses caractéristiques depuis ses origines et que ces vêtements du XVII° siècle savent magnifier à merveille. C’est aussi l’occasion pour le musée d’évoquer cette collection mythique : le musée Okura fut le premier musée privé du Japon, fondé en 1917. La famille Okura, qui tint de nombreux commerces, ouvrit plusieurs hôtels dans l’archipel et dans le monde, notamment à Amsterdam, ce qui explique cette exposition aujourd’hui, eut toujours à cœur de faire connaitre les beautés de l’art nippon.

Des kimonos pour rêver et évoquer une tradition théâtrale, à voir jusqu’au 13 décembre 2016 au Rijksmuseum :

https://www.rijksmuseum.nl/en/kimonos-from-the-okura-collection

samedi 22 octobre 2016

Expo Kuniyoshi heroes, Musée Ota, Tokyo



Au bord de l'encre...






Le musée Ota présente cet automne une exposition double autour des héros qui ont rendu célèbre le dessinateur d'estampes : Kuniyoshi. Après plusieurs retrospectives aux Etats-Unis ou à Paris l'hiver dernier, l'établissement revient sur la série qui le lança : les héros des bords de l'eau.



S'il commence sa carrière auparavant, c'est bien avec cette série aux 108 héros que le nom de Kuniyoshi se fera connaitre en 1827. Reprenant un roman classique chinois de Shi Nai An Au bord de l'eau (Suikoden en japonais), l'artiste dépeint une grande partie des personnages principaux du récit.





La nouveauté qu'apporte Kuniyoshi est remarquable à plusieurs titres : tout d'abord, c'est l'ampleur du nombre de planches. Il en propose 80, ce qui n'avait jamais été réalisé auparavant. Ensuite, c'est la représentation exotique de guerriers chinois aux tatouages et aux muscles surdimensionnés qui va attirer l'attention du public. La composition très colorée et dynamique renforcera cet attrait qui se manifestera dasn la réutilisation de certains motifs chez les tatoueurs de l'époque.





Enfin, la série connaitra un tel succès que Kuniyoshi pourra l'évoquer dans diverses autres oeuvres parodiques : séries de geishas ou d'animaux reprendront quelques gestuels ou éléments de la série initiale, renforçant encore cette popularité et aboutissant à donner ce surnom à l'artiste : Kuniyoshi aux guerriers.



Une exposition au musée Ota de Tokyo jusqu'au 30 octobre :
http://www.ukiyoe-ota-muse.jp/exhibition-eng/kuniyoshiheroestalesofwatermargin