mercredi 13 août 2014

Portrait(s), 2ème édition, Vichy (03)

Des portraits et des hommes...


Cette année encore, divers lieux de Vichy accueillent les oeuvres de plusieurs photographes. En couleurs ou noir et blanc, le portrait est toujours le centre d'intérêt et le thème général qui se décline selon les sensibilités des pellicules.


Jeanloup Sieff est présent sur les quais avec des portraits de célébrités ainsi que des clichés dédiés aux magazines de mode. Sieff démarre une carrière florissante grâce aux magazines féminins, américains comme européens. Son regard décalé et volontiers humoristiques permet de magnifier les modèles tout en jouant avec les codes d'un genre qui s'ancrent dans le monde de l'Après-guerre. 

Mais l'artiste va aussi développer ce caractère décalé dans ses portraits de célébrités. A la fois ludique et image-miroir, le portrait, chez Sieff, permet la mise en avant du caractère théâtral du monde du show-bizz naissant sans toutefois délaisser les spécificités de chaque modèle. Poses nonchalantes ou étudiées, le mouvement est amplifié par le contraste du noir et blanc ainsi que le jeu de lumières.


Une deuxième édition à voir jusqu'au 31 août.

lundi 11 août 2014

Expo One way, A Louisgrand, La serre, St etienne (42)

Ode à la transmission...


Proche de l'Ecole des Beaux-Arts de la ville, A Louisgrand met en scène le problème de la tradition et de la transmission à travers une installation plastique qui prend la forme principale de deux frises. A la fois travail historique et ludique, une frise de l'évolution (parfois bien fantaisiste) fait pendant à une autre oeuvre qui présente une promenade historique à travers les références artistiques.


Technique mixte sur papier, la référence au street art est évident pour ce plasticien qui a travaillé plusieurs années dans le Bronx. Toutefois l'influence européenne est bien ancrée et du dadaisme à des artistes comme Matisse ou Picasso, la veine du vieux continent est bien présente de manière prégnante.


One way, one direction? Certes, une direction mais qui n'est pas uniforme : le parcours va au-delà de la simple frise et du simple hommage. L'artiste se questionne sur un sens prétendu de l'Histoire de l'Art et des techniques mises en oeuvre. Il ne s'agit pas d'obéir ou d'oublier la tradition et l'histoire mais bien de jouer avec et de donner un regard neuf sur les divers courants qui se sont succédés.


Un hommage jusqu'au 14 août.

dimanche 10 août 2014

Expo Peindre l'Amérique, Fondation de l'Hermitage, Lausanne (Suisse)

Une terre de peinture...


L'Hermitage propose un panorama de la peinture américaine du XIX° siècle, pan assez méconnu sous nos latitudes. Au-delà des peintres influencés par les grands courants européens (néoclassicisme, réalisme ou naturalisme), de nombreux exemples d'un genre très en vogue nous sont présentés : la vanité. Cependant, le genre connait un renouvellement assez particulier : écho de la production agricole, la pomme est l'un des thèmes favoris avec le dollar, véritable leitmotif qui dénonce chez certains artistes la force de l'argent dans la nouvelle démocratie.
Si les scènes de genres sont très nombreuses, insistant sur les valeurs morales et religieuses, la représentation des Noirs ou d'autres minorités pose problème. Les artistes ont peu traité le thème car, dépendant des commandes, le public ne voulait pas d'évocation de tels personnages en tant que principal sujet.


Toutefois, dès les années 1880, se rendant compte de la disparition des populations indiennes, une frange d'artistes va s'intéresser à leurs coutumes et feront leur portrait en tant que témoignage. De même, la photographie va véhiculer de nombreuses représentations de ces populations.Un certain succès sera à noter en France, quelques décennies auparavant, avec la demande par Louis-Philippe de la copie de certains portraits, admirés par Baudelaire, entre autres.


A la découverte de l'Amérique jusqu'au 28 octobre :
http://www.fondation-hermitage.ch/Actuelle.55.0.html#.U9_JF2OvS-c

vendredi 8 août 2014

Expo Magie du paysage russe, Musée cantonal, Lausanne (Suisse)

Paysages de l'Est...


En écho à l'exposition sur la peinture américaine, le musée cantonal présente une rétrospective importante de la peinture russe du milieu du XIX° siècle. En se construisant contre les règles classiques de l'Académisme, de nombreux peintres du pays vont se tourner vers les mouvements picturaux de l'Europe occidentale. S'appuyant sur les écoles flamandes puis le Réalisme, les artistes vont s'appuyer sur la représentation du paysage ainsi que sur la vie des campagnes : le Moujik doit devenir le nouveau critique de l'Art. Déjà, les idées socialistes pointent et une Ecole ambulante se crée, permettant de multiplier les expositions sur tout le territoire du pays.


La louange du paysan et de la Terre permettent de développer un nouveau nationalisme, s'écartant des us et coutumes tsaristes, même si cette ode à la terre permet aussi au pouvoir de montrer son attachement à la population rurale. 
Assez rapidement, les peintres vont s'autoriser à explorer les voies ouvertes par l'Impressionnisme ou le Symbolisme, jetant les bases d'une peinture moderne qui, dès les années 1910, ouvrira des expériences picturales qui conduiront vers la peinture constructiviste ou abstraite qui sera, au départ, encouragée par les nouveaux pouvoirs.
Le paysage est ainsi montré comme l'une des matrices de la modernisation de l'art chez les Russes, accompagnant les révolutions politiques et sociales.



Une promenade jusqu'au 5 octobre.

mercredi 6 août 2014

Iga no tsubone : estampe et fantôme

 Dialogue avec un fantôme...


Iga no tsubone, grande dame de la cour impériale va devenir un modèle de courage : alors que tous les hardis samouraïs fuient devant les manifestations d'un esprit, la jeune femme décide de mettre un terme aux manifestations du fantôme qui dérangent la cour et sa vie, la présence de ce spectre imprimant un caractère néfaste qui fige toute action des nobles alors obligés de suivre les règles religieuses shinto codifiées à partir des lectures de signes invisibles.


Menant son enquête et préférant le dialogue au simple combat ou exorcisme, la dame comprend la colère du spectre : poète faussement accusé, cet ancien courtisan ne trouvera le repos qu'une fois son honneur lavé. Rapportant ces paroles à l'Empereur Iga permettra le repos de l'ombre ainsi que la reprise du cours de la vie de l'entourage de souverain, démontrant que l'esprit féminin prime sur la violence masculine.


La plupart des estampes qui décrivent l'épisode insistent sur le caractère effrayant du spectre, mettant en avant le courage de la jeune dame. Le caractère féminin et doux est indiqué par les vêtements, les couleurs ou encore les objets (éventail...) qui symbolisent la féminité et la fragilité. Mais ici, ces deux éléments sont utilisés de manière inverse, transformant les faiblesses marquées par la tradition en véritable force.

Wakana-hime, estampe et esprit

Esprit es-tu là...

Estampe de la série lames célèbres du kabuki, cette oeuvre de Kunisada présente Wakana-hime, la princesse-araignée. Il s'agit d'une orpheline qu'une araignée magique va élever en lui prêtant ses pouvoirs pour venger ses parents. Ici, pas d'araignée mais une jeune femme en train d'appeler l'esprit qui lui permettra de se débarrasser de ses ennemis.


Le très beau fond en forme de nuée, rappelant les mers de Hiroshige indiquent que la magie est à l'oeuvre: le personnage tient un parchemin déroulé, représentation caractéristique des invocations d'esprits.


La trace spirituelle de Wakana-hime est identifiable par les motifs de son kimono extrêmement bien travaillé. La présence de papillons et de libellules, insectes de l'au-delà, émaille tout le tissu et symbolise l'appartenance du personnage au monde des esprits.



La présence de la mort est, elle aussi, inscrite sur le tissu : certaines ailes de papillon on la forme de crâne alors que le fond du kimono est strié par des toiles d'araignée, élément qui permettra la destruction des ennemis de la jeune princesse qui semble attendre la venue de sa protectrice mortifère...

mardi 5 août 2014

Expo “Specters, Ghosts 2, and Sorcerers in Ukiyo-e”, Ota Museum, Tokyo (Japon)

Etranges revenants...


La deuxième partie des expositions d'été du musée Ota fait la part belle aux spectres de toutes sortes avec une mention spéciale pour les portraits fantomatiques de Hokusai qui mêlent horreur et humour. C'est d'ailleurs ce mélange qui peut caractériser l'esprit japonais. A la fois violent et malicieux, le fantôme représente un personnage souvent double qui, à force de terreur, prête au sourire.


Il n'en demeure que la plupart des histoires qui utilisent de tels personnages multiplient les actions violentes et noires, sans compter les caractères forts et sombres. Que ce soit l'Oiwa du Yotsuyakaidan ou Sumizome, l'esprit du cerisier en fleurs, les êtres de l'au-delà sont aussi des incarnations de la vengeance. C'est à travers la torture psychologique que le fantôme nippon va se manifester de manière spectaculaire. Les pouvoirs extraordinaires ne sont pas l'apanage de ces êtres : hanter l'esprit et les coeurs des vivants sera la véritable manifestation du pouvoir spectral.


Un voyage à travers les consciences et les images de l'ombre à faire jusqu'au 26 août.