mardi 23 décembre 2014

Expo Jacqueline Delubac, MBA Lyon (69)


De la scène à la cimaise...
Née à Lyon, l'actrice J Delubac va rapidement s'imposer sur la scène et devant les caméras des années 40. Troisième femme de Sacha Guitry, cette dernière va parfaire un goût pour la peinture moderne qui va ne cesser de s'accroitre au fil des années. Loin de se cantonner à des valeurs sûres comme Renoir ou Braque, Delubac fera des choix plus novateurs comme en témoignent certaines oeuvres de Laam provenant de sa collection.


Participant à l'effervescence de la vie culturelle du Paris de l'Après-Guerre, l'actrice accompagne les artistes ou les couturiers qui savent lui plaire. Loin de rechercher le confort du bon goût, elle saura créer la surprise et l'innovation dans sa collection, apportant une touche réellement personnelle à l'ensemble qu'elle rassemble.


Après le don de ces oeuvres au MBA depuis plusieurs décennies, cette exposition met à l'honneur une collectionneuse au goût sûr qui sut faire confiance à son instinct plutôt qu'à un dictat quelconque du marché de l'art ; un principe dont peut se féliciter le musée puisque la donation lui a permis de recevoir quelques oeuvres majeurs de la période contemporaine et asseoir son statut de musée majeur en province et en France.


A voir jusqu'au 5 janvier :
http://www.mba-lyon.fr/mba/sections/fr/expositions-musee/collection-delubac/jacqueline-delubac3488

samedi 20 décembre 2014

Challenge Ecrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui 5 : l'incolore Tsukuru Tazaki et ses années de pèlerinage de Haruki Murakami


Des goûts et des couleurs...


 Tsukuru rencontre Sara mais la magie n'opère pas entièrement : la jeune femme trouve le trentenaire au-delà de leur relation, indiquant une fêlure dans le personnage. Vient une confession : l'histoire d'un groupe de 5 jeunes gens de Nagoya qui tendait à une harmonie. Tsukuru est l'Incolore, celui qui ne possède pas de couleur dans son nom et qui ne possède pas non plus de talent particulier comme les quatre autres.


Harmonie brisée lorsqu'un beau jour Tsukuru se voit rejeté du cercle sans explication. Acceptant silencieusement cet état de fait, il plonge dans une mélancolie qui le mène aux lisières de la mort puis reprend les rênes de la vie mais de manière complètement modifiée, essayant d'oublier cette fêlure qui devient une béance mentale et sensuelle.

Sara pousse Tsukuru à trouver les clefs de ce mystérieux rejet afin de soigner celui qui l'attire. Et d'aller de surprises en mystères après un silence de près de 15 ans. Un pèlerinage sur les traces de l'adolescence dans un Nagoya endormi qui passera par un crochet jusqu'en Finlande.


Des  aveux divers qui conduiront Tsukuru à se découvrir et à réviser son jugement sur son passé et lui-même. Emaillé par des songes et des visions qui mêlent les corps des protagonistes, le voyage sentimental et mémoriel du héros plonge le lecteur dans une douce mélancolie...



mercredi 17 décembre 2014

Expo Jannis KOUNELLIS..., Mam, St Etienne (42)


Mémoire et imaginaire...


Affilié au mouvement de l'Arte povera, Kounellis s'est imposé de par son utilisation de matières brut qui impliquent une représentation du monde du travail ou de la culture. Il s'agitde faire travailler les représentations et l'Être de la matière, sa seule présence qui dit parfois plus que certains discours.


Travailler le fer, le charbon dans l'ancienne ville minière permet de réinterroger une histoire à la fois présente dans l'esprit des habitants mais qui a tendance à s'effacer ou à se modifier au gré d'une mémoire qui s'arrange avec le Temps. Les multiples jeux entre coloris grisés, surfaces et matières minières insufflent un dialogue imagé au sein de l'espace autant que dans l'imaginaire du public.


Parmi les autres artistes présentés, mention spéciale pour les dessins de Cornelia Schleime : aquarelles, dessins figurent un monde qui dit le désir mais aussi le destin de la femme dans notre société européenne. Mélange entre liberté et emprisonnement dans un corps ou un espace, le désir est toujours une force présente dans ces oeuvres. Ainsi, celui-ci se manifeste-t-il à travers le phénomène de l'hybridation qui permet d'évoluer dans les marges des codes sociétaux : entre rire, émerveillement ou angoisse, les êtres pas si fantastiques de Schleime esquissent une humanité en perpétuel mouvement moral et physique, comme si dessiner l'autre ou soi-même devenait une gageure presque intenable.


A voir jusqu'au 4 janvier 2015 :

samedi 13 décembre 2014

Poésie et illustration 7 : la barque de Verhaeren


Quand le froid s'installe...

L'hiver lance ses premiers assauts et les gelées se multiplient. Une époque où le temps semble s'arrêter et attendre quelque chose ou quelqu'un afin que la vie revienne. Dans sa barque, le poète belge Verhaeren transcrit cette atmosphère mystérieuse qui met en scène l'attente physique et sentimentale...toujours illustrée par le dessinateur Gwendal Lemercier!



Il gèle et des arbres pâlis de givre clair
Montent au loin, ainsi que des faisceaux de lune ;
Au ciel purifié, aucun nuage ; aucune
Tache sur l'infini silencieux de l'air.

Le fleuve où la lueur des astres se réfracte
Semble dallé d'acier et maçonné d'argent ;
Seule une barque est là, qui veille et qui attend,
Les deux avirons pris dans la glace compacte.

Quel ange ou quel héros les empoignant soudain
Dispersera ce vaste hiver à coups de rames
Et conduira la barque en un pays de flammes
Vers les océans d'or des paradis lointains ?

Ou bien doit-elle attendre à tout jamais son maître,
Prisonnière du froid et du grand minuit blanc,
Tandis que des oiseaux libres et flagellant
Les vents, volent, là-haut, vers les printemps à naître ?

dimanche 7 décembre 2014

Expo Courbet, les années suisses, Musée Rath, Genève (Suisse)

Dernières années...


1873 : l'Ogre de la Commune quitte la France après les turbulences de1871. Courbet fuit son pays qui l'a condamné après l'épisode du démontage de la colonne Vendôme. Pour l'Histoire de l'Art, l'exil suisse voit un artiste cassé qui ne peindra que des toiles alimentaires avant de mourir rapidement....Et pourtant!

Durant trois années, Courbet va multiplier les oeuvres. Le château de Chillon sera certes un motif alimentaire mais certaines versions sentent la grande peinture réaliste. De même, des lieux suisses seront immortalisés par le peintre qui montre encore une vigueur bien réelle. 


Et puis, il y a la constitution d'un musée, à travers des copies de toiles de Maitres qui indiquent les amours picturales de Courbet. De même, celui-ci emporte dans ses valises de nombreuses de ses oeuvres qui lui tiennent à coeur et qui aujourd'hui sont disséminées dans la plupart des grands musées européens. Cette ouverture au public permet d'approcher cet homme qui veut transmettre son travail et son esthétique, de même que son inscription dans la vie de son lieu de résidence à travers quelques sculptures qui chantent ce pays d'exil et qui laissent entrevoir une envie d'un retour au pays natal.


Une révision d'une fin de vie à la fois riche et intelligente qui permet une meilleure connaissance de cet artiste incontournable :
http://institutions.ville-geneve.ch/fr/mah/expositions-evenements/expositions/gustave-courbet/?fb_locale=de_DE

mercredi 3 décembre 2014

Opération Masse Critique, album Le prince dragon

Dangers du désir...


Encore une belle découverte grâce à Babelio et aux éditions Belin jeunesse : au-delà des brumes, par-delà les fjords, un roi et une reine s'aiment et tout semble concourir à leur bonheur. Pourtant, le ventre de la reine reste désespérément plat! 

Un beau jour, celle-ci rencontre une vieille femme qui l'aidera dans sa quête d'enfant. Toutefois, les consignes ne seront pas tout à fait suivies...Mais tout ceci est vite oublié et le couple se voit gratifié de la nouvelle tant attendue. Oui, mais comme dans tous les contes, une recommandation oubliée est la graine de problèmes futurs et il en va ainsi dans cette histoire. Que pourra mettre au monde la reine qui a désobéi?


Outre un texte fluide qui utilise les éléments du conte traditionnels, un véritable émerveillement est créé à travers les magnifiques illustrations d'Olivier Desvaux. Une grâce et une poésie dans chaque scène qui nimbe l'histoire d'un halo de mystère et de contrastes.

Le grand format de l'album permet de mieux déguster ces coloris et ces nombreux jeux sur la lumière et les ombres, rendant au récit tout un charme et un caractère féérique certain : un bel album à mettre entre toutes les mains.


samedi 29 novembre 2014

Poésie et illustration 6 : Une fée de V. Hugo

Inspiration médiévale...


Poème évoquant l'inspiration poétique, Hugo utilise de manière insistante la veine médiévale puisque la pièce se trouve dans l'un de se premiers recueils : Les Odes et ballades. Appartenant à cette veine troubadour qui remet en scène le Moyen-Age après des siècles d'oubli, le recueil et partant ce poème insistent sur les rêveries nées de ces anciennes légendes ; car c'est un hymne à une fantaisie peut-être libérée du poids de l'Antiquité grecque qui est ainsi chanté par le poète.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi.

C’est elle dont le luth d’ivoire
Me redit, sur un mâle accord,
Vos contes, qu’on n’oserait croire,
Bons paladins, si votre histoire
N’était plus merveilleuse encor.

C’est elle, aux choses qu’on révère
Qui m’ordonne de m’allier,
Et qui veut que ma main sévère
Joigne la harpe du trouvère
Au gantelet du chevalier.
Dans le désert qui me réclame,
Cachée en tout ce que je vois,
C’est elle qui fait, pour mon âme,
De chaque rayon une flamme,
Et de chaque bruit une voix ;

Elle, — qui dans l’onde agitée
Murmure en sortant du rocher,
Et, de me plaire tourmentée,
Suspend la cigogne argentée
Au faîte aigu du noir clocher ;

Quand, l’hiver, mon foyer pétille,
C’est elle qui vient s’y tapir,
Et me montre, au ciel qui scintille,
L’étoile qui s’éteint et brille,
Comme un œil prêt a s’assoupir ;

Qui, lorsqu’en des manoirs sauvages
J’erre, cherchant nos vieux berceaux,
M’environnant de mille images,
Comme un bruit du torrent des âges,
Fait mugir l’air sous les arceaux ;

Elle, — qui, la nuit, quand je veille,
M’apporte de confus abois,
Et, pour endormir mon oreille,
Dans le calme du soir, éveille
Un cor lointain au fond des bois.

Que ce soit Urgèle ou Morgane,
J’aime, en un rêve sans effroi,
Qu’une fée, au corps diaphane,
Ainsi qu’une fleur qui se fane,
Vienne pencher son front sur moi !

Comme l'illustration de G Lemercier le montre, il s'agit aussi de montrer l'importance de la figure féminine comme moteur de la création et de la fantaisie. Un poème lyrique où l'imaginaire vient hanter les vers...