mercredi 16 juillet 2014

Le Crépuscule des dieux 4 : walkyrie

La chevauchée de l'esprit...


Les walkyries, vierges de bataille, incarnent le courage et l'élan humain et divin qui affronte l'adversité. Chargées de choisir et de conduire les guerriers braves afin de constituer l'armée d'Odin en vue de la fin du monde, ces cavalières divines sont à la fois divinités et messagères du Walhalla.


Lors du deuxième épisode du Ring, c'est Brünnhilde, la préférée du dieu, qui va devoir affronter les destins. Attachée à Odin, elle comprend vite que son ordre de laisser battre Siegmund n'est qu'une fausse parole donnée à Fricka amère puisque les deux personnages ont commis un inceste et défient les lois de la déesse.

Durant le combat, la walkyrie soutient Siegmund, accomplissant le voeu secret d'Odin mais ce dernier s'interpose et laisse tuer son fils, maudissant la jeune déesse qui s'enfuit avec Sieglinde enceinte de Siegfried.
Délaissée par ses soeurs, Brünnhilde est condamnée à perdre son immortalité et sa virginité.



Après un long dialogue, elle infléchit la colère du dieu et obtient que seul un héros sans peur puisse la connaitre : un anneau de feu l'enferme alors qu'elle perd connaissance, incarnant un monde qui attend le libérateur : Siegfried.

Brünnhilde symbolise le monde des dieux qui voit le devoir et le désir s'opposer et souvent s'annihiler en emportant avec leur combat les personnages humains et divins, marquant une ligne de destin inepte dont personne n'est le maitre et qui bien souvent apparait comme un agrégat d'événements injustes et illogiques.

(oeuvres de G Lemercier)

dimanche 13 juillet 2014

Masse critique Babelio, Derek Mahon, la mer hivernale

Vers irlandais...

Tout d'abord merci à Babelio et à Cheyne éditeur pour ce très beau recueil du poète irlandais Derek Mahon.
Né en 1941, Mahon est aujourd'hui considéré comme l'un des plus importants poètes d'Irlande. Marqué par les luttes religieuses et politiques qui ont marqué son pays, il inscrit le monde moderne et la violence au cœur de son œuvre. Il n'oublie pas non plus la terre d'Irlande et ses éléments millénaires, marquant ainsi une fracture entre tradition et monde contemporain.
Le présent volume présente une anthologie de textes assez récents, traduits de manière pointue et poétique par J. Chuto.




Le titre de la pièce qui donne son nom au volume La mer hivernale est un titre programmatique de cette anthologie. La présence de la nature qui semble un élément oublié de notre monde et qui pourtant atteste d'une splendeur s'accompagne du thème de l'hiver qui fait écho à une vision apocalyptique, voire post-apocalyptique de notre civilisation.
"Et les roseaux géants
Du delta,
comme ils sont pathétiques!
Pan est mort, et déjà
je sens une antique
Unité abandonner la Terre..."
Le fossé qui se creuse entre la nature et l'Homme semble un territoire abominable que rien ne pourra combler. La poésie elle-même semble souvent plus un chant de déploration qu'une véritable parole de réconciliation.



"Je prends congé des arbres,
Hêtres, cèdres et ormes,
Des bois aimables de par ici,
Qu'embrument la sciure, les pots
D'échappement, et le dernier
Soupir des nymphes empoisonnées."

Le monde humain se présente tel un destructeur de poésie et de rêve : détruisant le monde immémorial qui l'entoure, il détruit l'âme et le sel de la vie. Violence, laideur pourraient être les deux mots de cette Humanité qui oublie ses propres racines et sa propre nature.


Seules quelques visions consolantes demeurent. Ainsi, les citations d'autres poètes ou littérateurs permettent de garder foi en l'Homme. Ovide, exilé à Tomes, devient en quelque sorte le héros et la figure tutélaire de Mahon : se sentant dans un monde qui ne lui convient pas, il espère qu'encore les temps heureux se manifesteront. Le poète devient le témoin impuissant mais constant d'un monde qui ne lui convient pas mais dans lequel il doit inscrire sa présence :
"Moi aussi, que je le veuille ou non, j'habite ici."

mardi 8 juillet 2014

Expo Julien Faure, Musée d'Art et d'industrie, St Etienne (42)

Histoire de ruban...


L'industrie du ruban demeure historiquement celle qui apporta la plus grande prospérité à St Etienne, bien au-dessus des mines, des armes ou des cycles. Au début du XXème siècle, le ruban stéphanois est même à la première place européenne et mondiale. Les divers marchés font appel à cette production locale et de nombreuses maisons de confection vont naitre.


C'est ainsi que l'entreprise Faure va voir le jour et se développer rapidement. Dès le Second Empire, la firme va développer des modèles qui plaisent aux Parisiennes ou Londonniennes et les innovations ne vont cesser alors que l'on change de siècle.Le ruban suit les modes, changeant de forme, de taille, de motifs. La soie, elle aussi, sera remplacée par d'autres matières qui connaissent les faveurs du public.


 Malgré une baisse de la production et de la demande, la firme va se moderniser et la qualité de ses produits est encore considérée par bon nombre de marques du luxe comme Vuitton ou par des créateurs de mode qui utilisent le ruban comme un accessoire ou encore comme le véritable matériau de la création.


Une histoire d'entreprise à découvrir jusqu'au 21 juillet...

lundi 7 juillet 2014

Expo Histoires de coeur et d'épée, MBA, Lyon (69)

Des histoires du passé...


Dans les ateliers de David, alors que la Révolution vient de faire fleurir le Néoclassicisme, de jeunes élèves du maitre travaille à des sujets et des formats nouveaux. La Grande Histoire ne les séduit pas vraiment et l'Antique sent trop la tradition. Ces jeunes gens vont donc se tourner vers les anecdotes du Moyen Age ou de la Renaissance française, donnant une nouvelle définition à un patriotisme artistique.

C'est ainsi qu'en 1802, Fleury Richard surprend la critique à travers le portait de Valentine de Milan. C'est un succès et le germe qui donnera naissance au style troubadour qui sera sur le devant de la scène jusque dans les année 1820. Commence une archéologie de ces périodes qui permettra un renouvellement des formes et des figures.


Un style aux glacis finis, aux teintes sourdes s'impose alors qu'il fait la part belle aux histoires d'amour exemplaires ainsi qu'en mettant en scène des artistes emblématiques tels Vinci, le Tasse ou la plupart des artistes italiens. Ainsi, s'étoffe une Légende dorée de l'Art qui insiste sur le rôle des créateurs dans la petite et la grande histoire.
L'exposition se tourne ensuite vers des peintres comme Ingres ou Delaroche qui travaillent à la fois sur les petits formats et les estampes, afin  de faire connaitre leur travail, et les grands formats qui peuvent entrer en concurrence avec la peinture d'Histoire.


A travers ces diverses évolution, c'est toute une école Romantique dans sa diversité qui est questionnée : à la fois ancrée dans l'Histoire française et européenne, cette école va permettre de promouvoir une Légende Nationale dans chaque état du continent. Les grandes figures se multiplient et dessinent des caractères nationaux qui définiront les grands modèles des Nations émergeantes.


Un jeu avec l'Histoire jusqu'au 21 juillet 2014.









mardi 1 juillet 2014

Princesse Kaguya, film de Takahata

Une légende...


Le dernier film des studios Ghibli reprend un ancien conte nippon, celui du Coupeur de bambous. Un vieux couple modeste va voir sa vie boulversée par l'arrivée d'un bébé trouvé dans une bambouseraie. En grandissant, il devient une jeune fille à la beauté et aux qualités sans pareilles qui appelle les désirs des grands et même de l'Empereur. Ce personnage se révèlera être un esprit de la lune qui retournera dans son pays d'origine.


L'animé reprend les grandes lignes du conte et utilise de manière classique le monde noble de la période Heian en toile de fond. Ainsi, des références au monde de la peinture classique et de l'estampe japonaise sont indéniables. Même si les traits de la princesse font encore partie du monde manga volontiers rétro, les personnages secondaires, les décors ainsi que la nature (très présente) sont imprégnés de références stylistiques de la période Edo.

De même, un travail intéressant est créé autour du dessin fini et de séquences où le trait, l'esquisse créent un nouveau jeu visuel et stylistique qui permet au récit de se tourner vers un espace de liberté et de poésie.


 Ce concept de liberté se retrouve aussi dans la trame du film : la princesse est un esprit qui est à la fois prisonnier d'un monde lunaire trop parfait et d'un monde humain qui édicte ses règles sans s'occuper du bonheur des êtres. Le monde de la cour est perçu comme un lieu carcéral, inhumain et risible mais le monde de la campagne n'est pas montré comme un lieu idéal : la vie y est difficile et les peines sont nombreuses. Toutefois, la vie à proximité de la nature et de son cycle semble le moyen d'exister le plus épanouissant.

Kaguya demeure alors un esprit en proie à la mélancolie : elle regrette le monde de la lune autant qu'elle craint de quitter la Terre. Sa relation avec les humains est encore contrastée puisqu'elle ainsi que les autres personnages ne peuvent s'empêcher d'apporter bonheur et malheur à l'ensemble des êtres qui les entourent, reflétant une psychologie à la fois réaliste et riche.


Une jolie réflexion sur la vie et ses attentes qui pose plus de questions qu'elle ne donne de réponse.


samedi 28 juin 2014

Expo Fantaisie en scène, Real academia, Madrid (Espagne)


Yakusha e : scène et acteur...




Le monde du kabuki est un des thèmes favoris de l'estampe ukiyoe et notamment de l'école Utagawa dont Kunisada sera le représentant le plus prolifique. Le monde du théâtre passionne la société urbaine et marchande d'Edo. A l'instar de la courtisane, l'acteur est un personnage populaire qui incarne les désirs et les enthousiasmes d'une population qui vit selon des règles strictes. 

Cataliseur des passions et violences, l'acteur incarne à la fois les êtres obéissants aux lois mais aussi les êtres marginaux qui se réalisent en dehors de toute règle. De la femme forte au héros sans borne, de nouveaux types de caractère impressionnent un public toujours avide de sensationnel.



L'onnagata, homme incarnant des femmes, devient rapidement la star incontournable des plateaux et des estampes. Jouant sur l'ambiguité et le jeu des apparences, il incarne de manière exemplaire l'essence du monde de l'ukiyoe : l'éphémère qui se goûte est toujours prêt à se muer et disparaître comme le sexe de l'acteur qui fluctue des coulises à la scène.

Miroir d'une société qui magnifie la dualité et les limites, l'onnagata impose sa présence à l'estampe qui multiplie ses représentations et qui joue sur deux types de portrait : celui de l'artiste et celui de la beauté. Il s'agit ainsi de jouer et plaire à un public avide de nouveautés et de surprises.

L'école Utagawa se fera le fer de lance de telles représentations et connaitra un succès extrême jusqu'à la fin de la grande période de l'estampe japonaise classsique, voyant sa fin arriver avec une modernisation qui déplacera les intérêts et les passions.



Sur la scène de l'école Utagawa jusqu'au 10 juillet :
http://www.realacademiabellasartessanfernando.com/es/museo

vendredi 27 juin 2014

Expo Chas Laborde, Médiathèque Larbaud, Vichy (03)

Un pinceau parmi la foule...


 Argentin de naissance, Chas Laborde va participer activement à l'illustration des journaux français de l'entre-deux guerres : L'Assiette au beurre et autres quotidiens feront appel à ses talents afin d'animer manchettes et unes.

L'illustrateur va s'attacher plus particulièrement aux scènes collectives, mêlant humour et réflexions morales. En grand curieux, il suivra les pas et les goûts des milieux cosmopolitains de son temps et dépeindra autant les foules européennes qu'américaines. Sur les pas de Mac Orlan ou Morand, c'est une peinture de mondes divers qui se croisent et se mélangent dans un joyeux chahut, vision bien ancrée dans les milieux lettrés de la Belle Epoque.


 Ces auteurs à succès, Chas Laborde va en illustrer bon nombre d'ouvrages, telles les Claudine de Colette ou de nombreuses oeuvres de valery Larbaud. Entre vision amusante mais parfois effrayante d'une vie qui ne cesse de se mouvoir et de s'amplifier, l'artiste transcrit un sentiment ambigu qui traverse son époque.


Jusqu'au 28 juin à la Médiathèque Larbaud...