mercredi 8 octobre 2014

Poésie et illustration 3 : Une sainte de Verlaine

Auréole de tour...

Troisième oeuvre illustrée : "Une sainte..." de Verlaine. Pièce-phare de La bonne chanson, ce poème tisse l'imaginaire du nom cher au poète qui sera plus tard développé par Proust dans les premiers volumes de la Recherche.


Une Sainte en son auréole,
Une Châtelaine en sa tour,
Tout ce que contient la parole
Humaine de grâce et d'amour ;

La note d'or que fait entendre
Un cor dans le lointain des bois,
Mariée à la fierté tendre
Des nobles Dames d'autrefois ;

Avec cela le charme insigne
D'un frais sourire triomphant
Eclos dans des candeurs de cygne
Et des rougeurs de femme-enfant ;

Des Aspects nacrés, blancs et roses,
Un doux accord patricien :
Je vois, j'entends toutes ces choses
Dans son nom Carlovingien.

mardi 7 octobre 2014

Exposition "Le clavecin, redécouverte d'un chef-d'oeuvre", Musée d'Art et d'Industrie, St Etienne (42)

Adoucir les moeurs...



Le Musée d'art et d'industrie présente un objet assez singulier dans ses collections : un clavecin remarquable à plus d'un titre. Tout d'abord parce qu'il s'agit d'un des rares instruments remaniés qui existent dans les collections publiques. Construit au XVII°, son mécanisme fut remis au goût du jour un siècle suivant. Ensuite, c'est son décor de chinoiseries en laque qui demeure exceptionnel et enfin le piètement de style Régence qui lui est associé puisque ce type de mobilier a pratiquement disparu pour les pièces connues.


L'exposition joue ainsi sur le problème de la restauration à travers le prisme du mécanisme mais aussi de la laque qui fut une spécialité parisienne dès le XVII° siècle. Des bornes interactives et plusieurs films permettent de mieux comprendre les techniques de l'époque ainsi que les difficultés qui se posent à un restaurateur de nos jours.


Enfin, des objets décoratifs ainsi qu'une harpe du XVIII° siècle témoignent de la maitrise et du goût de ce siècle pour les décors exotiques inspirés de la Chine et du Japon, lieux de l'imaginaire qui permettaient aux goûts baroques de se déchainer.

A voir et écouter jusqu'au 5 janvier 2015 :

http://www.musee-art-industrie.saint-etienne.fr/expositions-evenements/exposition-en-cours/exposition-clavecin-redecouverte-dun-chef-doeuvre


dimanche 5 octobre 2014

Expo Le jardin des tarots, Palais Idéal du facteur Cheval, Hauterives (26)


Monstres, jardins et compagnie...


Le palais idéal accueille des photographies, dessins et projets qui font découvrir le Jardin des tarots de Niki de Saint Phalle. L'artiste des Nanas et autres sculptures colorés, emblèmes des années 70 reconnait très tôt son admiration et sa dette envers le rêveur d'Hauterives.



Le mélange des forces telluriques et érotiques apparait à travers tous les supports qui sont présentés dans les salles et autour du palais. La joie de vivre et une aspiration à une forme universelle apparaissent dans ces oeuvres.


Ainsi, le monde du tarot, symbole d'un dictionnaire ésotérique qui tente de décrypter le réel à travers les images se transforme en un univers énergique qui télescope les représentations et les couleurs. Saint Phalle se joue des codes ésotériques pour fonder ses propres termes symboliques, à la manière du facteur qui dénote la plupart des univers culturels et religieux dans le but de transcrire une mythologie personnelle qui permet la liberté de l'imaginaire.


Une mythologie de la liberté à rencontrer jusqu'au 5 janvier 2015 :

http://www.nikidesaintphalle.com/frenchFrameset.html

dimanche 28 septembre 2014

Challenge Ecrivains japonais d'hier et d'aujourd'hui 1 Tanizaki, Deux amours cruelles

Les passions labyrinthiques...


Deux amours cruelles contient deux nouvelles : l'histoire de Shunkin et Ashikari qui centrent leur propos autour de l'amour ne cessant de jouer avec la cruauté et l'abnégation.
Comme dans beaucoup d'écrits de Tanizaki, la passion devient cet espace tragique et sublime où l'être humain souffre et fait souffrir.



La belle et orgueilleuse Shunkin, riche héritière et maitre de koto et de shamisen se retrouve aveugle très jeune. Sasuke devient son guide, son élève et un amant qui acceptera toutes les vexations afin de servir celle qu'il aime passionnément. Phalène qui se brûle les ailes à la lumière du coeur, le héros accepte tous les caprices de l'aveugle terrible.


Serizawa et Oyou tombent amoureux mais cette dernière, veuve, ne peut se remarier afin d'élever son fils. Entre en scène la jeune soeur Oshizu qui accepte de se marier avec le héros afin que les deux amants puissent toujours connaitre le bonheur de la privauté. 
Oyu, figure solaire qui attire toutes les attentions et Oshizu la lunaire dessinent pour Serizawa un labyrinthe sentimental pavé de bonheurs mais aussi de sacrifices qui se jouent de la sensualité et de la sublimation.

Deux très beaux textes qui synthétisent parfaitement l'art de Tanizaki qui sait admirablement esquisser les lignes diaphanes du sentiment amoureux.



vendredi 26 septembre 2014

Poésie et illustration 2 : La jeune Tarentine de Chénier

Un deuxième poème illustré par G Lemercier avec cette pièce cultissime de Chénier. Vous pourrez apprécier le fondu entre les corps et l'eau; une véritable mélancolie aquatique : 


    Pleurez, doux alcyons, ô vous, oiseaux sacrés,
    Oiseaux chers à Thétis, doux alcyons, pleurez.

    Elle a vécu, Myrto, la jeune Tarentine.
    Un vaisseau la portait aux bords de Camarine.
    Là l'hymen, les chansons, les flûtes, lentement,
    Devaient la reconduire au seuil de son amant.
    Une clef vigilante a pour cette journée
    Dans le cèdre enfermé sa robe d'hyménée
    Et l'or dont au festin ses bras seraient parés
    Et pour ses blonds cheveux les parfums préparés.
    Mais, seule sur la proue, invoquant les étoiles,
    Le vent impétueux qui soufflait dans les voiles
    L'enveloppe. Étonnée, et loin des matelots,
    Elle crie, elle tombe, elle est au sein des flots.

    Elle est au sein des flots, la jeune Tarentine.
    Son beau corps a roulé sous la vague marine.
    Thétis, les yeux en pleurs, dans le creux d'un rocher
    Aux monstres dévorants eut soin de la cacher.
    Par ses ordres bientôt les belles Néréides
    L'élèvent au-dessus des demeures humides,
    Le portent au rivage, et dans ce monument
    L'ont, au cap du Zéphir, déposé mollement.
    Puis de loin à grands cris appelant leurs compagnes,
    Et les Nymphes des bois, des sources, des montagnes,
    Toutes frappant leur sein et traînant un long deuil,
    Répétèrent : « hélas ! » autour de son cercueil.

    Hélas ! chez ton amant tu n'es point ramenée.
    Tu n'as point revêtu ta robe d'hyménée.
    L'or autour de tes bras n'a point serré de nœuds.
    Les doux parfums n'ont point coulé sur tes cheveux.
    André Chénier 

mercredi 24 septembre 2014

Challenge Odyssée grecque 10, Lucien, Alexandre ou le faux prophète

Tours de passe-passe...

Et bien voilà, dernier et ultime billet de ce challenge! C'est vrai, il s'est fait attendre mais on a gardé le meilleur pour la fin : un traité de Lucien plutôt...piquant!

Satiriste de langue grecque, originaire de la Commagène, Lucien de Samosate est un penseur du II° siècle qui connut la gloire puisque des empereurs comme Commode le protègeront mais aussi un des philosophes les plus critiqués de l'Antiquité. C'est à cause de son Alexandre d'ailleurs que l'auteur va faire la part belle aux critiques alors qu'il s'agit d'un traité sur la charlatanerie et la manipulation, mettant en scène le soi-disant prophète Alexandre, contemporain de Lucien.





Originellement, le culte du serpent alors nommé Glycon (le « doux ») était lié à la vénération non d'une abstraction mais d'un serpent réel censé incarner la divinité. Selon la mythologie du culte d'Abonuteichos, ce serpent de belle taille apparut après qu'Alexandre ait prédit la venue d'une nouvelle incarnation d'Asclépios.
Devant le peuple rassemblé sur la place du marché de la ville à midi, Alexandre brisa un œuf de serpent contenant, selon lui, la divinité. Une semaine plus tard, il présenta un serpent de taille humaine censé être la divinité, ayant grandi prodigieusement vite. L'animal était doté de caractéristiques semi-humaines et portait une chevelure blonde. Il semblerait que c'était un serpent apprivoisé, affublé d'une espèce de masque peint de façon à figurer une tête humaine sous une coiffure en crins de cheval, placé par Alexandre dans le temple d'Asclépios. À la mort de l'animal, une effigie à son image le remplaça dans le temple.


Comme dans les cultes macédoniens antérieurs, la vénération du serpent concernait la fertilité. Les femmes stériles lui faisaient des offrandes afin de devenir enceintes. On le disait aussi protéger des épidémies. Selon Lucien, Alexandre profitait sans vergogne de toutes les offrandes.

A Lucien de faire un portrait savoureux d'un homme cupide mais extrêmement intelligent  qui manipule la doxa comme personne. A un rappel des faits dans la première partie viennent s'ajouter des passages plus autobiographiques où Lucien raconte les tours qu'il joue à Alexandre pour le démasquer. Bien sûr, même devant le mur, le joueur d'oripeaux nie et la foule aveuglée est prête à déchiqueter le philosophe! Charge contre les charlatans tout autant que contre une trop grande crédulité, Lucien, à travers cet exemple, fait l'apologie du sens critique face à une opinion et une foi imbécile qui préfère le spectacle aveuglant à la lumière de la réalité. En une époque où les Mystères et nouvelles religions orientales envahissent l'Empire, cette mesure critique semble fuir les esprits et ce traité se présente comme un garde-fou du bon sens qu'on aura du mal à conserver. Une oeuvre libre qui fait réfléchir et rire dans certains passages (docere/placere comme disaient les Anciens)!



 Encore merci à Parthénia pour ce challenge! En espérant se retrouver sur un autre parcours...

lundi 22 septembre 2014

Sagi Musume, estampe et esprit

Des flocons aux plumes...


De nulle part apparait une jeune femme en kimono de cérémonie. Elle porte une ombrelle et un obi noir, signes funestes pour un tel costume de mariage. Après un jeu avec l'ombrelle, le personnage joue avec ses manches qui bientôt dessinent des mouvements ailés.

Devant le spectateur, s'agite ainsi non une femme mais un esprit-héron. Anciennement jeune fille amoureuse abandonnée, agitée par sa passion dans les enfers, l'esprit s'est réincarné en oiseau et par cette nuit d'hiver mime sa vie : l'idylle rapide puis la jalousie ainsi que les chambres infernales traversées par l'esprit sans repos.


Sagi Musume est un morceau de choix pour l'onnagata : pièce de danse, cette dernière permet de développer les changements de costume à vue (bukkaeri) ainsi que les poses extrêmement difficiles comme les postures arrières ou ebizori.






Dans sa série 36 nouvelles formes de spectres, Yoshitoshi fait du personnage de Sagi Musume un espace de prouesse en ce qui concerne les nuances de blanc ainsi que l'utilisation du gaufrage, cette technique qui permet de travailler en relief les parties blanches. Motif de flocon pour le kimono, stries du col ou motif de plume pour les hérons, cette oeuvre permet un travail assez incomparable dans le domaine du relief.


Véritable duel entre plein et vide, blanc et noir, le personnage de kabuki et d'estampe permet la prouesse et la mise en scène spectaculaire de la passion qui sans cesse se nourrit et se tue elle-même.